INTERVIEW – Guillaume MASUIT « C’est en faisant un travail qui leur plait, que ces jeunes auront tout comme moi l’impression de ne jamais avoir travaillé de leur vie, et ça, c’est génial! ».

Date de l’interview : 07/04/2021
Entreprise : Hipcom

Dans un premier temps, je vous propose de vous présenter, de nous parler de votre parcours professionnel.

Après un premier parcours dans la grande distribution, j’avais envie de créer ma propre structure, sans avoir d’idée précise du secteur d’activité, cela a été ma grande question. Nous étions alors en 2005, et voilà quelques jours que nous avons fêté les 16 ans de l’entreprise.  Et pour faire une métaphore aquatique, ma fierté est qu’elle ne soit pas devenue une baleine ou moins encore un requin, mais rester agile comme un dauphin dans un océan de changement et d’évolutions.

A cette période le marché de la téléphonie était démocratisé depuis quelques années et comptait beaucoup de prestataires, au nombre desquels Onetel, Télé2, Cegetel, Neuf télécom, pour ne citer que les plus connus.

Au regard de cette multiplicité et la complexité des offres de services, je me suis demandé comment un professionnel faisait pour s’y retrouver. Les premières minutes étaient indivisibles, le temps de mise en relation incompressible, les contrats contenaient de nombreuses clauses, aussi diverses que variées. En prenant le temps de les décrypter, j’ai vite compris que plus l’appel était long, moins l’unité était chère et plus il était court et plus il en coûté aux clients, et de fait, les grands slogans publicitaires proposant la minute à 1ct étaient trompeurs et qu’il y avait un réel déficit de relation de confiance auprès des entreprises.

Dans le même temps les acteurs nationaux avaient déserté le terrain local et professionnel, pour se recentrer sur le client particulier, qui représentait un plus gros marché et se concurrençaient entre eux, à grand renfort de publicité télévisée.

L’objectif d’ISERE TELECOM, qui a été la première raison sociale de l’entreprise avec comme punchline : « Isère télécom, l’opérateur de votre département », était de s’immiscer dans le marché professionnel local, et de proposer une offre de services bien placée en prix et contractuellement transparente.

C’est ainsi que j’ai commencé cette aventure seul, avec mon bâton de pèlerin, pour informer les entreprises et leur permettre de comprendre comment fonctionner ce nouveau marché opaque des télécommunications.

ISERE TELECOM a commencé par le négoce de minutes de communication, en achetant de grands volumes, pour obtenir de meilleures conditions d’achat, jouer cartes sur table avec ses clients en leur proposant un tarif simple, sans coût de mise en relation, sans minimum facturable, et sans autres clauses inintelligibles, afin que chacun y trouve son intérêt.

Puis très rapidement nous nous sommes intéressés à la voix sur IP et la téléphonie hébergée, que l’on appelle aujourd’hui la téléphonie dans le Cloud. Choix qui s’est avéré pertinent, puisqu’aujourd’hui, c’est devenu le standard pour tous. Orange ne créant plus de lignes traditionnelles, toutes les communications passent aujourd’hui par le full IP.

Nous avons aussi bien évangélisé, qu’essuyé les plâtres auprès de nos interlocuteurs, car il y a 16 ans, la téléphonie sur IP, ne parlait qu’à un petit monde d’initiés et suscitait à l’époque beaucoup de crainte.

Après avoir débuté comme opérateur de téléphonie fixe, nous avons développé une offre de télécommunication mobile en proposant des cartes SIM tri opérateurs. Puis l’entreprise a élargi son offre de services, en devenant fournisseur d’accès internet après avoir signé des partenariats avec Orange et SFR et obtenu des délégations de service public, qui nous permettent d’offrir aux entreprises des connexions très sécurisées, avec une grande fiabilité de connexion.

Aujourd’hui nous sommes l’interlocuteur unique de nos clients, qui ne reçoivent qu’une seule facture, quelques soient les services que nous leur délivrons.

C’est en 2015 que l’entreprise a été rebaptisée HIPCOM, afin de pouvoir s’exporter au-delà des frontières du département et trouver une légitimité auprès de grands comptes régionaux et nationaux. Cette stratégie nous permet aujourd’hui d’être un des premiers interlocuteurs des TPE, PME, ETI, GE, ainsi que des collectivités locales, pour la téléphonie hébergée en multi-sites.  Enfin février dernier, l’entreprise a racheté une société d’informatique, spécialisée dans la sécurisation des données.

La période Covid que nous traversons depuis un an, nous a permis de révéler notre métier et nous adapter très rapidement à la situation sanitaire, les collaborateurs d’HIPCOM ayant été les premiers à profiter de l’offre hébergée, pour leur permettre de rester en contact avec leurs clients, leurs collègues et l’entreprise.

Depuis, nous nous adaptons aux besoins spécifiques de tous nos clients, en leur faisant profiter en toute transparence des avantages négociés auprès des grands opérateurs, ce qui nous assurent leur confiance et leur fidélité.

C’est ainsi que le taux de Churn, ou encore d’infidélité, représente moins de 2% par an, contre 10% en moyenne nationale et correspond principalement à des entreprises clientes qui ont fermées ou ont été absorbées par de plus grands groupes.

 

Comment avez-vous connu le Club Entreprise de Grenoble et quels bénéfices retirez-vous de cet engagement réseau ?

J’ai découvert le club entreprise de Grenoble, lors d’une soirée réseau à laquelle j’avais été convié, et qui m’a permis de prendre conscience de l’intérêt pour HIPCOM de rejoindre le Club.

Cela m’offre l’opportunité d’échanger sur des idées ou problématiques rencontrées, avec d’autres entreprises ou corps de métier, autour desquels je ne gravitais pas habituellement.

C’est également la possibilité de proposer à des étudiants alternants, formation dont je suis issu, de travailler sur de vrais projets d’entreprise, que ce soit sur le plan de la stratégie, marketing, commerciale ou encore sur la création de site web.

C’est une réelle richesse et une forme d’agilité, que nous apportent ces nouvelles générations. En contrepartie nous avons à cœur de leur transmettre l’envie de s’engager, de créer et de construire des projets que nous mettons systématiquement en œuvre par la suite. C’est autant motivant pour eux, que galvanisant pour nous.

Le Club représente également un tremplin pour montrer une image dynamique de l’entreprise et nous offrir l’opportunité de trouver les futures pépites qui viendront rejoindre les équipes d’une entreprise en recrutement permanent.

 

La crise sanitaire a modifié le comportement des clients et favorisé le développement de l’e-commerce sur des marchés entre peu matures. Comment vous êtes-vous adapté à cette demande ?

Cette crise, aussi inédite qu’anxiogène, nous a permis de renforcer l’importance des relations humaines. Nous étions déjà en contact permanent entre nous, mais ces périodes de télétravail et l’utilisation de la visioconférence, nous ont offert l’opportunité d’échanger sur un plan plus personnel, sur le sens commun et la façon dont nous vivions cette période pour le moins complexe. Cela a permis de renforcer l’engagement de chacun dans l’entreprise, et resserrer les liens entre nous.

 

La crise sanitaire, avec son lot de contraintes a également modifié et fragilisé nos organisations professionnelles, impactant notre relation avec l’entreprise, quels enseignements managériaux tirez-vous de cette période ?

Nous avons su être réactifs et nous adapter, et bien que cela n’ait pas modifié fondamentalement notre métier et la relation que nous entretenons avec nos clients, ce contexte a permis de remettre de l’humain et renforcer nos liens, en rentrant peut-être un peu plus dans leur intimité, chacun se connectant en visioconférence depuis son domicile.

J’ai le sentiment dans mon entourage professionnel, que de nombreuses entreprises ont su faire preuve de résilience, s’adapter et rebondir et semblent bien s’en sortir en réalisant de meilleures performances qu’elles ne l’auraient espéré en pareille situation.

Bien sûr, il ne faut pas ignorer que beaucoup d’autres, notamment dans les secteurs de l’évènementiel, la culture ou la restauration sont sévèrement impactées et fragilisées.

Ce qui démontre que l’entreprenariat français sait faire preuve de résilience, rebondir et se réinventer. C’est bien souvent une administration procédurière qui ralentit et complexifie notre quotidien d’entrepreneur.

 

Fort de cette expérience, que pensez-vous engager comme changement dans la stratégie commerciale de votre entreprise ?

Trois axes importants semblent émerger pour les mois à venir.

Un besoin d’accélérer la mise en œuvre de stratégies de digitalisation des entreprises, qui au regard de cette période imposée, ont compris qu’il fallait accélérer leur digitalisation, héberger et sécuriser leurs ressources.

Durant le premier confinement, les attaques informatiques ont augmenté de 30 000 % !

Le télétravail a représenté du « pain béni » pour les hackers, qui n’ont eu aucune difficulté pour accéder aux données des entreprises, en rentrant simplement par la box internet personnelle des collaborateurs.

La stratégie d’HIPCOM va être d’accentuer l’offre d’hébergement des données clients, en offrant une grande sécurité, et cela grâce à l’entreprise dont nous venons de faire l’acquisition.

Le deuxième objectif visera à augmenter les contacts avec nos clients, cette période nous a enseigné tout l’intérêt de la personnalisation de la relation. Nous devons plus encore que cela ne l’était déjà, remettre le client au cœur de notre stratégie. N’oublions pas que le véritable patron de l’entreprise, c’est le client, c’est lui qui paie son développement et les salaires des équipes d’HIPCOM.

Enfin concernant l’organisation interne d’HIPCOM, nous allons œuvrer pour l’améliorer, pour répondre mieux encore aux attentes et valeurs de chacun. Nous avons profité du déménagement de l’entreprise, pour supprimer l’utilisation du plastique et privilégier l’emploi de matières recyclables, enfin nous allons créer un lieu de vie, dédié aux activités auxquelles les collaborateurs désirent s’initier durant les temps de pause. Les choix et décisions concernant ces dernières seront prises au consentement général.

 

Les étudiants, futurs diplômés qui ont réalisé leur dernière année universitaire, dans ce contexte particulier qui les a souvent limités dans leur alternance ou privé de stages en entreprise, expriment aujourd’hui des craintes quant à leur employabilité. En qualité de Dirigeant, quel est votre regard et quel conseil leur donneriez-vous ?

Je commencerai à leur dire, que quand il y a une volonté, il y a un chemin.

Du moment, qu’ils ont une ambition et un projet pour leur avenir, alors il y a une route à prendre rapidement, sans se poser trop de questions avant de l’emprunter. Il faut qu’ils osent !

Je pense que les jeunes n’ont pas d’inquiétude à avoir, aujourd’hui ce n’est pas uniquement les étudiants des IUT de Grenoble qui ont rencontré des difficultés pour se promouvoir et trouver des stages, c’est une problématique mondiale. N’importe quel employeur comprendra la situation d’autant plus qu’il aura également subit des contraintes durant cette période.

Ce qu’il cherchera certainement à savoir, c’est comment le candidat a procédé, comment il a rebondi, quelles nouvelles idées il a exploré. C’est cette résilience qui sera un atout majeur dans la façon dont il sera évalué par le recruteur.

Si un étudiant diplômé vient me voir en me disant, je n’ai pas pu faire de stage, à aucun moment je n’y verrai une limite à son employabilité ou n’y mettrai un frein.

C’est la personne qui façonne son employabilité, sa curiosité, l’intérêt qu’elle porte à l’entreprise, son dynamisme, son envie de faire, de convaincre du bienfondé de sa candidature.  Aujourd’hui, ce n’est pas l’expérience d’un stage de quelques semaines qui fera pencher la balance de la décision, mais bien l’envie de s’investir à nos côtés pour relever ensemble de nouveaux challenges, c’est de ce genre de candidat que nous recherchons.

C’est en faisant un travail qui leur plait, que ces jeunes auront tout comme moi l’impression de ne jamais avoir travaillé de leur vie, et ça c’est génial !

 

Propos recueillis par Richard Compte.